Montagne : concilier préservation des sommets et tourisme durable
Alors quand La Tribune pose, cette semaine, la question de l'équilibre entre protection et attractivité en montagne, j'ai posé ma tasse, et j'ai écouté.

Vous êtes nombreux à me poser la question, chaque été, avec la même inquiétude dans la voix: « Est-ce qu'on a encore le droit de voler ici? » La peur, parfois, ce n'est pas le vide — c'est de déranger. De marcher dans un paysage qu'on ne mérite pas. Alors quand La Tribune pose, cette semaine, la question de l'équilibre entre protection et attractivité en montagne, j'ai posé ma tasse, et j'ai écouté. Ce qui se joue là, dans les Hautes-Alpes, à Vars, me semble être bien plus qu'une saison touristique: c'est une leçon de respiration collective.
Vars ou l'art de ralentir sans renoncer à l'émerveillement
La station des Hautes-Alpes, comme le détaille Presse Agence, a fait un choix remarquable pour son été 2026: troquer l'agitation contre l'immersion. Au cœur du dispositif, le Val d'Escreins — 25 km² de réserve naturelle que l'on surnomme le « Petit Canada varsinc ». Pas de réseau, pas de bruit. Juste des forêts de mélèzes, des torrents, et des chamois qui vous regardent passer sans s'effrayer.
C'est là, dans cette vallée, que le refuge de Basse Rua tenu par Gaëlle propose de dormir sous un tipi. Vous imaginez? On s'allonge, on partage un repas, et on s'endort dans un silence que vous n'avez probablement jamais connu. C'est une autre manière d'habiter la montagne — sans la posséder.
Ce que les enfants nous réapprennent
L'ESF locale a lancé un programme intitulé « Mon Aventure Montagne » pour les 6-12 ans. Construction d'abris, lecture de carte, orientation à la boussole, reconnaissance d'empreintes. On ne leur apprend pas à consommer la montagne. On leur apprend à la lire. C'est un détail, et pourtant c'est tout: ce que nous cherchons en vol, ce n'est jamais la performance — c'est exactement cette capacité à écouter ce qui se passe sous nos pieds.
À 2 200 mètres d'altitude, un nouveau sentier bien-être de 600 mètres propose cinq ateliers: méditation, respiration, yoga, sieste en hamac, et un cornet acoustique qui amplifie les sons de la nature. Cinq paliers pour redescendre en soi avant de prendre de l'altitude. Ce sentier, à lui seul, mériterait qu'on s'y arrête — biplaceurs, moniteurs, accompagnants: c'est une école de décollage intérieur.
Le vol, comme prolongement naturel de cette philosophie
Et si la réponse à la tension protection / attractivité se trouvait dans notre manière de voler? Le biplace, par essence, est un vol à empreinte douce: un pilote, un passager, pas d'infrastructure au sol, pas de trace durable. On se pose, on repart. On laisse la montagne intacte. Mais — et c'est là que je vous tends la main — cela suppose un vol conscient. Un décollage où l'on ne cherche pas à dominer, mais à traverser. Un poser précis, où l'on ne laisse rien derrière soi que le souvenir d'un silence partagé.
Partout en France, ce mouvement s'observe. Dans les Vosges, un sondage Elabe classe Gérardmer quatrième destination de montagne préférée des Français — preuve que les amateurs de grands espaces plébiscitent les lieux qui savent se protéger. En Ardèche, le Dauphiné Libéré met à l'honneur des villages qui misent sur l'authenticité plutôt que sur le flux. Ce n'est pas un hasard. C'est un signal.
Alors, la prochaine fois que vous enfilerez votre sellette, souvenez-vous: vous n'êtes pas là pour prendre. Vous êtes là pour flotter au-dessus d'un paysage qui vous accueille. Respirez, ancrez-vous, décollez — et laissez la montagne aussi légère qu'avant votre passage.